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Trahison. Algérie été 1962, Fawzi Brachemi (Algérie), BD historique

La Boîte à Bulles, 2013

vendredi 7 novembre 2014 par Mohammad Bakri


Né en 1949 du côté d’Oran en Algérie, Fawzi Brachemi arrive en France en 1991. Dessinateur, graphiste et illustrateur, il livre ici une BD historique, didactique, engagée aussi.

Le graphisme est tout en rondeur. Les couleurs vives et la lumière chatoyante s’assombrissent, grisonnent, noircissent, s’opacifient sous l’ombrage de l’Histoire. Nous sommes en Algérie, en 1962. Année charnière, réceptacle d’une gloire déjà ternie et quintessence d’un avenir douloureux. L’été de la « trahison ». Salah Guemriche en avait fait un roman, Un été sans juillet (Le Cherche Midi, 2004,). Fawzi Brachemi en fait une BD. Largement autobiographique.

L’indépendance proclamée, Oran est en fête. Ce 5 juillet, les Algériens sont en liesse et s’endimanchent pour leur premier défilé d’hommes et de femmes heureux, dignes d’une liberté recouvrée. Mais le drame est au coin de la manifestation. On connaît le récit de cette journée tragique. Un coup de feu claque et commence le massacre des Européens. Comme chez Abdelkader Djemaï, qui en a fait l’objet de son dernier roman (Une ville en temps de guerre, Seuil 2013), l’histoire défile à travers les yeux d’un gamin, Médiène. Il assiste apeuré aux horreurs et entend les conversations des adultes autour de lui. Son père, probe, humaniste, digne et inflexible refuse, lui, de céder aux nouvelles valeurs et « au vent de folie qui s’est abattu sur une partie de la population ». Avec Médiène, le lecteur perçoit les tensions qui s’installent dans une ville jusque-là plutôt épargnée, tremble devant le spectacle des horreurs et des persécutions, assiste au pillage des biens vacants, découvre le quartier européen et ces lieux de la ville jusque-là inconnus des Algériens, entre enfin au lycée où les professeurs « pieds rouges » dispensent une histoire bien éloignée des « slogans du FLN », une « poésie de l’arc-en-ciel » écrit l’auteur rappelant un vers du poète Ahmed Azzegagh. Plus tard, il y aura les discussions avec les copains sur ce qui est révolutionnaire et ce qui ne l’est pas…

Entre les déambulations et souvenirs de Médiène, sont insérés quelques épisodes en noir et blanc pour relater la guerre qui opposent les instances et les chefs du FLN. L’Algérie ouvre la porte de l’indépendance par un coup de force, celui de Ben Bella. L’album se referme sur un coup d’Etat, celui de Boumediene. Le premier n’étant que le marchepied du second. Fawzi Brachemi s’inspire de travaux d’historiens et semble s’attacher à montrer qu’en 1962, la logique dictatoriale et liberticide des nouveaux dirigeants s’applique à tous : pieds-noirs, harkis ou Algériens. Tous sont les victimes d’une même idéologie, d’une même volonté despotique. Il laisse entendre que l’indépendance ne fut pas d’un bloc. Les Algériens encore moins. Et le malheur qui s’abat sur tous renferme une commune amertume. L’auteur rappelle ici la complexité et les potentialités avortées de cette page de l’histoire algérienne.

Une chronologie (1830-1965) accompagnée de deux cartes de l’Algérie ouvrent cet album qui se referme avec un petit dossier, des repères (dates, portraits et bibliographie) sur la Guerre d’Algérie.

Mustapha Harzoune

Source de l’information : Musée de l’histoire de l’immigration



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