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Tamerlan à la conquête de l’Orient (1370-1405)

jeudi 28 août 2014 par Mohammad Bakri


Les clés du Moyen-Orient


Les clés du Moyen-Orient
Par Tatiana Pignon
Article publié le 17/03/2014


Profondément ébranlé par le « choc mongol » du milieu du XIIIe siècle, qui avait mis à bas la dynastie des Abbassides, le Moyen-Orient s’est ensuite reconstruit autour du sultanat mamelouk, vainqueur des Mongols et défenseur de l’islam sunnite en Égypte, en Syrie, en Irak et dans les lieux saints d’Arabie. Mais à la fin du XIVe siècle émerge, à l’est, un nouveau pouvoir mongol : c’est la puissance timouride, qui tire son nom de celui de son chef, Timour Leng ou Tamerlan. À l’origine d’un vaste mouvement de conquête territoriale qui mène à la constitution d’un immense empire, Tamerlan s’empare à partir des années 1370 de l’Iran, de l’Irak et d’une partie de la Syrie, dominant ainsi un territoire allant du Caucase à l’Asie centrale. Cette remarquable expansion rappelle sans conteste celle de Gengis Khan, qui avait menacé l’Orient au XIIIe siècle, tout en marquant une réappropriation de l’ancestrale ambition impériale d’un islam qui se veut universel. Si, à la différence de son illustre prédécesseur, Tamerlan ne parvient pas à fonder un empire solide et durable, l’époque timouride constitue toutefois une période bien particulière de l’histoire du Moyen-Orient, particulièrement en Iran où se succèdent depuis plus de trois siècles des pouvoirs sultaniens quasiment autonomes. Enfin, le pouvoir timouride est un pouvoir turc, et non pas mongol ; en ce sens, il annonce déjà la grande époque turque du XVe siècle, que Patrick Boucheron qualifie même de « siècle turc [1] ».

Un nouveau Gengis Khan ?

Né en 1336 au sud de Samarcande, Tamerlan est issu d’une tribu turque alliée aux khans mongols de Djaghatay ; ce n’est qu’avec son mariage en 1397 avec une descendante de Gengis Khan, Khizir Khodja, qu’il rejoint la grande lignée gengiskhanide. Le nom sous lequel l’a retenu l’Histoire, Timûr Lang, qui donne Tamerlan en français, est une association entre son nom de naissance – « Timûr », qui signifie « fer » – et son surnom, « Lang », qui signifie « boiteux ». Kesh, la ville où il est né et où règne son père, se trouve en Transoxiane, région marquée par une grande instabilité politique : sorte de confédération à domination turque jusqu’en 1360, elle est ensuite rattachée au khanat de Djaghatay. Celui-ci, avec les khanats des Ilkhan et du Kiptchak, est l’héritier direct du système imposé par Gengis Khan, c’est-à-dire un découpage de l’empire en portions de territoires confiées à des membres de la lignée gengiskhanide, qui prennent alors le titre de « khan » (« maître »). Lorsque le conquérant mongol Hülegü, au XIIIe siècle, s’était emparé de territoires islamiques allant de l’Iran à l’Anatolie, il avait en effet fondé une dynastie, dite des Ikhanides, qui était parvenue à établir la pax mongolica sur l’ensemble de ces territoires ; avec le temps, toutefois, les liens entre les différents khanats se sont largement distendus et, à l’époque de Tamerlan, les dissensions entre familles convoitant le pouvoir sont de plus en plus nombreuses, ce qui explique aussi l’apparition de potentats encore plus localisés à l’intérieur de chacun de ces territoires. Dans ce contexte d’affaiblissement des pouvoirs locaux, Tamerlan, déçu de la position qui est la sienne au sein du khanat, commence par aller faire ses armes en Perse avant de revenir à Djaghatay, qu’il conquiert en 1364-1365 avec l’aide de son compagnon de guerre Mir Hosseïn. Après avoir éliminé ce dernier, il prend en 1370 la tête du khanat ; il conserve toutefois au-dessus de lui un khan gengiskhanide qui n’a aucun pouvoir réel, mais qui permet de conserver l’apparence du pouvoir mongol. Si la référence à Gengis Khan est donc bien présente – plus tard, ses biographes officiels ne cesseront de le présenter comme un de ses descendants directs – Tamerlan établit pourtant dans les faits un pouvoir turc et revendiqué comme tel, et qui n’a par ailleurs ni la cohérence, ni le caractère novateur du système gengiskhanide. C’est, en fait, avant tout sa position d’immense conquérant qui justifie la comparaison entre les deux grands chefs.

Outre l’héritage de Gengis Khan, le mouvement de conquête timouride lancé depuis le khanat de Djaghatay est aussi une réappropriation de l’ambition impériale de l’islam, présente depuis les premiers califes et dont les califats umayyade puis abbasside avaient été l’incarnation. Musulman sunnite pratiquant, ardent prosélyte et fervent combattant de toute « hérésie » (du chiisme notamment), Tamerlan semble avoir voulu refonder un Empire de l’Islam qui, après une longue décadence, avait disparu pour de bon lors de la chute des Abbassides, et que les Mamelouks n’étaient pas parvenus à reconstruire. C’est aussi dans cette optique qu’il se lance, depuis Djaghatay, à la conquête du Moyen-Orient.

La conquête de l’Orient

C’est à partir de 1370 que Tamerlan engage ce vaste mouvement d’expansion territoriale qui l’amènera, en 1405, à dominer l’Orient du Caucase jusqu’à l’Asie centrale. Ces conquêtes se font de manière un peu désordonnée, et ne semblent pas avoir répondu à une stratégie d’ensemble vraiment élaborée ; il est donc difficile, comme le note Robert Mantran, d’en rendre compte logiquement. Entre 1370 et 1380, Tamerlan et son armée – mêlée d’éléments turcs et mongols – conquièrent le Khwarezm, région située à la confluence des actuels Iran, Ouzbékistan et Turkménistan ; mais il mène en même temps des expéditions vers l’Asie, où il anéantit la domination mongole. Il se tourne également résolument vers l’ouest, où plusieurs campagnes, entre 1380 et 1396, lui permettent d’asseoir son pouvoir sur l’ensemble de l’Iran et de l’Afghanistan actuels. Si ces régions constituent le cœur de son empire, centré sur Samarcande dont il veut faire une capitale grandiose, il lance également des raids sur la Syrie, l’Irak, l’Anatolie, l’Arménie et la Géorgie : Bagdad est saccagée à deux reprises, en 1394 et en 1401, tandis que Malatya, Alep et Damas sont pillées en 1400. Enfin, il s’attaque à l’Asie mineure où il vainc le sultan ottoman Bajazet Ier, fait prisonnier à la bataille d’Ankara en 1402. Tamerlan meurt sur la route de la Chine, à Otrar, dans le Khwarezm, le 19 juillet 1405 ; son corps sera enterré à Samarcande, sa capitale, dans un somptueux mausolée.

S’il refuse d’abord de prendre explicitement le pouvoir et se cantonne officiellement à son rôle de brillant chef militaire, en maintenant l’illusion du khanat mongol de Djaghatay et de l’héritage gengiskhanide, Tamerlan finit toutefois par prendre le titre de sultan en 1388 ; c’est sous cette appellation qu’il domine l’immense empire qu’il s’est créé, de la Volga au golfe Persique et de la Turquie actuelle au Gange. Ce choix du titre de « sultan [2] » au lieu du maintien de l’appellation mongole « khan » est l’exemple même de deux éléments essentiels de la conquête timouride : l’islam d’une part – le terme de « sultan » faisant explicitement référence au monde islamique, tandis que les khans mongols n’étaient pas nécessairement musulmans ; la première véritable conversion d’un khan à l’islam date du début du XIVe siècle, avec Ghazan –, et la « turquicité » d’autre part : en effet, le titre de sultan est le plus souvent accordé ou pris par des non-Arabes, qu’ils soient kurdes comme Saladin, persans ou turcs, comme les Ottomans et comme Tamerlan. Il prend également le titre de « grand émir », que conserveront ses successeurs.

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