Magazine Moyen-Orient n° 30, Avril-Juin 2016 La Russie au Moyen-Orient

, par Mohammad Bakri

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Par Guillaume Fourmont

À la surprise générale, le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a annoncé le 14 mars 2016 le retrait des forces russes engagées dans la guerre en Syrie depuis le 30 septembre 2015. Officiellement pour laisser sa chance au processus de paix, alors que les négociations de Genève reprenaient justement le 14 mars, après cinq ans de guerre. Coïncidence ? Dans les couloirs du Kremlin depuis 1998, date à laquelle il prend les rênes des services de renseignements intérieurs (FSB) avant d’accéder, dès l’année suivante, aux plus hautes fonctions de l’État, Vladimir Poutine est un fin stratège. Car, ce faisant, il montre que la Russie, en puissance réaffirmée, maîtrise le calendrier quand il est question de la Syrie.

La force de la fédération, c’est l’impuissance des Européens et surtout des Américains, incapables d’agir avec fermeté contre le régime de Bachar al-Assad depuis les premières manifestations en mars 2011. Sur le plan politique, Moscou sort gagnant, car, à part la France et l’Arabie saoudite, qui ne cessent de crier au loup en prononçant le nom du dictateur syrien, les autres, y compris Washington, voient ce dernier comme un acteur légitime de la « solution ». Vladimir Poutine a ainsi redoré le blason de l’ours impérial russe, comme au temps de l’opposition, au XIXe siècle, à l’Empire ottoman, au nom de la chrétienté orientale.

Cette décision est néanmoins floue, car le retrait des forces russes annoncé – on n’a jamais su précisément le nombre d’hommes et de matériels militaires engagés sur le terrain – n’est pas définitif. Vladimir Poutine a clairement rappelé que des effectifs resteront en Syrie. L’une des leçons que les Européens n’ont pas tirées de l’Ukraine, c’est que Moscou possède une formidable capacité à laisser un conflit pourrir, à gérer des États faillis à long terme. Tout en tapant sur les éléments les moins radicaux pour donner raison à l’emploi de la force : comme en Tchétchénie hier, les modérés syriens ont eux aussi été victimes des bombardements russes, laissant l’organisation de l’État islamique (EI ou Daech) presque seule en face-à-face avec Bachar al-Assad. La communauté internationale se réveille alors avec l’obligation de devoir choisir entre deux diables.

Si la Russie sait maintenir un conflit sous tension, elle n’avait guère d’autre choix que se désengager de Syrie, tant cette guerre s’inscrit dans un contexte économique intérieur des plus délicats pour le Kremlin. La grande fédération est très affectée par les effets des sanctions internationales et par la chute des prix du pétrole : en 2015, le PIB par habitant s’élevait à 23 700 dollars, soit 1 900 de moins qu’en Grèce par exemple, tandis que la récession a atteint 3,9 %…

Vladimir Poutine saura-t-il montrer son engagement pour la paix afin de répondre aux exigences de l’économie russe ? Rien n’est moins sûr, tant les aspirations de puissance du chef du Kremlin semblent sans limites.

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Lire également Compte rendu de Louise Plun, Compte rendu de la revue Moyen-Orient, dossier « La Russie au Moyen-Orient », mai-juillet 2016, publié le 29/04/2016 sur le site Les clés du Moyen-Orient

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