Institut du monde arabe - Rencontres & débats

Les Rendez-Vous de l’Histoire du monde arabe 2017 - 3e édition : Frontière(s) Du 18 au 21 mai 2017

, par Mohammad Bakri


Débats, tables rondes, présentations d’ouvrages, conférences, ateliers pédagogiques, expositions, projections audiovisuelles… : trois jours d’une grande université populaire pour mieux appréhender le monde arabe et son Histoire, et en comprendre les enjeux actuels.

Sur le modèle des Rendez-vous de l’Histoire de Blois et en partenariat avec eux, ce rendez-vous désormais incontournable rassemblera spécialistes du monde arabe, écrivains, journalistes et personnalités politiques.

Au programme, en accès libre, pas moins de 60 rencontres exceptionnelles, données par près de 150 personnalités liées au monde arabe, pour tenter de dessiner les contours d’une thématique complexe et foisonnante : « Frontière(s) ».


Parmi les thématiques abordées lors de ces 3e Rendez-Vous :

« L’histoire des frontières au Maghreb », « Les accords Sykes-Picot et la réinvention à terme du Moyen-Orient », « Frontières intellectuelles, entre histoire et mémoire », « Frontières de l’Islam »…


« Les frontières sont de retour »

« Les frontières sont de retour, pour le meilleur pour certains, pour le pire pour d’autres. Pour les premiers, les frontières les protègent : des migrants, de la concurrence étrangère et préservent ainsi leur identité nationale ; pour les seconds les frontières sont la source des tensions et conflits soit parce qu’elles ont été mal tracées en ne tenant pas compte de la répartition des peuples qu’elles séparent “artificiellement” par des frontières généralement imposées par le colonisateur, soit parce qu’elles sont la marque de conquêtes territoriales jamais acceptées.

Qu’en est-il des frontières du monde arabe ? Sont-elles la source des conflits incessants qui touchent certaines de ses régions comme on le pense souvent ? […] Au Moyen-Orient, région du monde arabe la plus touchée par les conflits, l’exemple toujours cité de frontières comme source de conflit est celui des frontières issues des accords (secrets) Sykes-Picot (1916) entre la France et le Royaume-Uni, sur le partage des provinces arabes ottomanes. Ces frontières ont en effet été tracées sans que les populations aient été consultées.

La ligne Sykes-Picot ne correspond cependant qu’à une petite portion des frontières actuelles. Fortement contesté, le partage n’en a pas moins duré. En effet, à l’indépendance, les classes dirigeantes des nouveaux pays ne tenaient pas à être dépossédées de leurs pouvoirs sur leurs territoires au profit d’un Etat unitaire arabe prôné par le nationalisme arabe. En outre, la reconnaissance d’Israël en 1948, Etat créé sur les terres palestiniennes, a encore augmenté la potentialité des conflits dans la région qui ne sont pas près de s’éteindre.

Pour autant, est-ce qu’un nouveau découpage des frontières pourrait y mettre fin ? »

Béatrice Giblin, Professeur émérite de l’Institut français de géopolitique, Université Paris 8, directrice de la revue Hérodote, membre du Conseil scientifique des Rendez-Vous de l’Histoire du Monde Arabe


« L’histoire des frontières n’est jamais simple »

« La question de la frontière est partout au cœur des débats contemporains. Certains veulent les supprimer, d’autres au contraire font tout pour les renforcer au point d’ériger des murs de fer et de béton. Beaucoup rêvent de les franchir pour échapper à la répression ou à la misère. Ou les deux. Quitte à en mourir.

Leurs fonctions sont contradictoires. Ici elles protègent ou libèrent. Ailleurs, elles enferment ou oppriment. Là-bas, elles sont nécessaires tandis qu’un peu plus loin elles apparaissent superflues.

Leur histoire n’est jamais simple. Elles peuvent être l’aboutissement d’un long processus de construction de l’Etat dont elles délimitent le territoire et donc le cadre de sa souveraineté. Mais elles peuvent être aussi le point de départ d’une construction nationale surtout là où elles ont été imposées par des acteurs extérieurs. Et, dans tous les cas, leur inscription dans l’espace est indissociable de leur rapport au temps.

Cette foisonnante question des frontières ne se réduit pas au territoire, loin s’en faut. Elle est bien plus vaste puisqu’elle renvoie également à l’imaginaire et à la culture quelque part entre mémoire et histoire. Et dans le rapport à l’Autre, ces frontières-là, d’une autre nature – idéologique, communautaire, ethnique ou confessionnelle – sont alors souvent si denses qu’elles en deviennent presque infranchissables et sources d’âpres confrontations.

C’est donc ce thème riche et complexe qui sera l’objet des prochains Rendez-Vous de l’Histoire du Monde Arabe. Avec de multiples débats ouverts, contradictoires, critiques et, bien sûr, sans frontière (s).

Jean-Paul Chagnollaud, professeur des universités et directeur de l’Institut de Recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO) et membre du Conseil scientifique des Rendez-Vous de l’Histoire du Monde Arabe


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Téléchargez le programme des Rendez-Vous de l’Histoire du monde arabe 2017

Source de l’information : Institut du Monde arabe

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